Partager l'article ! La voie bardique: Je suis vraiment une quiche. Une grosse quiche. Une belle grosse quiche bien quiche. Par la barbe de Merlin et les orteils de ...
*
Je suis vraiment une quiche. Une grosse quiche. Une belle grosse quiche bien quiche. Par la barbe de Merlin et les orteils de Brahma ! (oui, parfaitement, les orteils de Brahma).
Vous savez sans doute, si vous avez déjà lu un peu de ce blog, que je suis depuis des années déjà engagée sur la voie celtique. Je fais beaucoup de recherches, certes, mais je travaille aussi énormément au ressenti, au feeling, en suivant mes inspirations, mes aspirations, et Dame Intuition qui ne se lasse jamais d'avoir raison. Ca me réussi plutôt bien. Mais il se trouve que si j'arrive très bien à cconseiller les gens (je suis même la psy officielle de mon meilleur ami), quand il s'agit de m'auto-analyser ou de m'auto-comprendre, alors là ... C'est le néant total. Le vide intersidéral. Je suis nulle, bouchée, aveugle, sourde, désemparée, aussi bêtasse qu'un pingouin sur une corde à linge. Et pourtant, il est des évidences qui devraient me sauter aux yeux et aux oreilles bien plus rapidement, au lieu de prendre des années avant que je sois suffisamment blindée de signes en tout genre pour me dire enfin "aaaah mais ouiiii, c'était donc çaaaa mais c'est bien sûûûur !".
Pitoyable.
Bref, j'ai beau connaître plutôt bien la voie celtique, depuis le temps que je bouffe du bouquin celtique, de l'oracle celtique, du site celtique, de la musique celtique, des kilts celtiques, des irlandais celtiques, euh ... bref, il se trouve que je suis quand même bouchée à l'émeri quand il s'agit de comprendre (et non pas de trouver, puisqu'en fait, j'ai déjà trouvé, mais je ne sais pas que j'ai trouvé ... hm, vous voulez un peu d'aspirine avec votre Guinness ?) quelle est réellement la voie sur laquelle je marche.
Depuis toujours (ou presque), j'ai pensé druidisme. Peut-être parce que c'est le plus évident dans la voie celte, même si je SAIS très bien que ce n'est pas une nécessité, loin s'en faut. Je me pensais apprentie-druidesse. Mini-Panomarixette en tartan rouge, à califourchon sur les branches d'un chêne, une serpe à la main, en train de glisser des branches de gui fraîches dans ma besace préférée, chantonnant vaguement un petit coup de Tri Martolod, une tin whistle passée à la ceinture. Ces deux derniers aspects (la tin whistle et le Tri Martolod écorché de ma voix nasillarde) auraient du me mettre la puce à l'oreille (à côté de mon clou en forme de double croche, encore un signe, aaaaarg).
Je suis musicienne. Depuis toujours. Oui, parfaitement, toujours. Quand vous avez eu un étui de Gibson ES335 en guise de couffin chez votre père et un diapason 440 pour hochet, vous pouvez affirmer que vous êtes musicienne depuis toujours. La musique a une place titanesque dans ma vie. Elle y est omniprésente, indispensable, vitale, naturelle. Celle que je joue, et celle que j'écoute, d'ailleurs, sans distinction. Je suis fascinée par les instruments (j'en possède d'ailleurs une bonne tripotée, je vais bientôt pouvoir ouvrir un musée), mais aussi par les instruments qui permettent la diffusion de la musique (les vieilles platines sont mes amies de toujours). Je suis aussi fascinée par la musique de la nature, le chant des oiseaux, même le plus disharmonieux (comme celui du couple de pies qui a passé l'après midi à se répondre dans le peuplier au-dessus de ma tête), le clapotis de l'eau, le bruissement du vent dans les arbres, ou son simple sifflement dans l'air, et la belle musique du silence, chaque fois différente.
En janvier, j'ai réalisé un de mes rêves musicaux les plus intenses : j'ai acheté une guitare, une petite classique toute simple, un petit bijou de bois et de cordes signé par mon ami Fender, et j'ai commencé à apprendre à en jouer. La révélation a été d'une violence frappante. Je suis tombée instantanément amoureuse de mon isntrument, d'un amour que je n'avais encore jamais ressenti pour aucun autre (et pourtant les dieux savent à quel point j'aime mes instruments). Mais j'ai eu la sensation que la guitare était celui qui me convenait, celui que j'avais attendu pendant 24 ans avant de le trouver enfin. J'avais déjà intégré la musique à ma spiritualité et à mes célébrations (percussions, flûte, etc) mais là c'était autre chose. Le besoin impérieux de faire de cette musique un rituel à part entière, une dévotion, une offrande, un acte de foi et de magie pure. A Imbolc, j'ai joué We All Come From The Goddess devant mon autel, en hommage à Birgid. Mes doigts pinçaient les cordes avec délectation, mes narines s'emplissaient de la merveilleuse odeur boisée de ma guitare, mes yeux se régalaient de ses courbes harmonieuses et des subtiles nuances des bois dont elle est constituée (épicéa, deux espèces d'acajou et palissandre), mes oreilles captaient avec ravissement le son vibrant de chaque note. Il nee manquait plus que je me mette à la lécher comme un bonbon à la sève de pin pour en prendre plein les sens. Ca a été un moment d'exception, et je me suis promis de recommencer. De faire de cette guitare une compagne sur la Voie. Une compagne dans ma vie, dans sa totalité, profane et spirituelle.
Pendant les vacances de mars, je suis partie à Brocéliande, enfin. Ce séjour a été extraordinaire. J'ai renoué avec mes racines, à la source, j'ai plongé mon coeur sanglant dans les ajoncs, étanché le feu de ma foi dans les fontaines, abreuvé mes oreilles ouvertes de la voix des arbres tordus parcourus par le vent, abîmé mon regard dans les profondeurs glacées des étangs paisibles. Et j'ai aussi suicidé mon compte en banque en m'achetant une seconde guitare, électrique cette fois, Fender toujours, dans un magasin près de Rennes. Voilà ce que j'ai rapporté de mon séjour, au milieu des livres et des triskels. Une guitare. Ma bretonne.
Comment ai-je pu ne pas faire le lien plus tôt ? Comment se fait-il qu'il m'ait fallu une moquerie de mon père (très persipace, le padre, quand il veut), pour me rendre compte que la voie sur laquelle je marchais était certes druidique, mais aussi et surtout bardique ? Oui, évidemment, que je suis bardesse ! Par les dieux, comment ai-je pu ne pas m'en apercevoir plus tôt ?
Bouchée à l'émeri, je vous dis.
Me voilà donc enfin un peu plus avancée sur la voie. Oui, je suis cette fille en tartan rouge qui trimballe une besace
débordante de gui, de branches de chêne et de hêtre, de noisettes de sagesse, d'oghams gravés, de pierres peintes et de mousse moelleuse. Mais je porte aussi une guitare sur le dos, une guimbarde
au fond de ma poche, une flûte à ma ceinture, et des partitions sont roulées dans mon sac, en compagnie d'un vieux mediator et d'un diapason usé qui, il y a plus de 20 ans, m'a servi de
hochet.